TRAVAIL SUR SOI

par

Lucien Siffrid


Beaucoup, vraiment beaucoup, à vrai dire «beaucoup trop» a déjà été écrit et dit concernant la nécessité de travailler sur nous-mêmes, concernant «le combat avec nous-mêmes». Ceci n'est pas dit pour signifier que le travail sur nous-mêmes est superflu et inutile, car une telle idée serait fausse. Mais les discussions fréquentes du sujet permettent au doute justifié de surgir, selon que nous le considérons aussi honnêtement que nous pensons le faire, particulièrement si nous jetons un œil sur notre entourage à l'occasion de ce défi.

Même lorsque nous parlons de notre propre culpabilité - «mea culpa, mea maxima culpa» - il ne s'agit, dans de nombreux cas, que de bavardage creux. Nous souhaitons montrer aux autres la manière rigoureuse avec laquelle nous jugeons nos actes et la façon exemplaire avec laquelle nous travaillons sur nous-mêmes; ou bien nous voulons nous rassurer et renforcer la conviction d'être sur le bon chemin, en train de conquérir une quelconque vertu humaine.

Ecrire et parler du travail sur soi n'est pas une mauvaise chose, car cela peut aider et nous faire du bien, si c'est fait de la bonne manière. Cela peut aider à voir plus clair et à reconnaître. Il y a cependant un grand danger: que l'intellect prenne les choses en main, forme les concepts et tire les conclusions finales. Dans ce cas, tout espoir de travail sur soi réussi est vraiment perdu dès le départ.

Afin de saisir pourquoi le chemin de la reconnaissance intellectuelle est stérile et vain, il faut que nous comprenions que le travail sur soi demande en premier lieu un combat avec ce même intellect, afin de briser sa domination. De notre plein gré, par nos propres décisions, nous avons succombé à l'intellect dans tous les domaines de l'existence depuis des siècles et des milliers d'années. Et c'est à cette tâche que nous devons faire face. S'y atteler au moyen de l'intellect serait équivalent à exorciser le diable avec Belzébuth, en d'autres termes aucun but ne serait jamai
s ainsi atteint.

La solution du problème ne vient pas en édifiant en soi un schéma de pensée basé sur l'intellect et en s'imaginant être bien protégé à l'intérieur. Nous devons plutôt nous plonger dans la perception intuitive, dans le royaume de l'âme et le monde de l'esprit. De cette façon seulement nous réussissons à rompre la domination de l'intellect et à nous libérer de notre asservissement. Ainsi seulement pouvons-nous travailler sur nous-mêmes avec succès et devenir de vrais êtres humains.

Le noyau intérieur de l'homme est d'esprit. Le Travail sur Soi consiste à réveiller l'esprit endormi au fond de nous. L'intellect n'est pas autre chose qu'un outil terrestre, dont le siège est dans le cerveau humain, qui fait partie de son corps. Comme le corps, il est limité et soumis à décomposition.

La force de l'intellect et ses connaissances - peu importe le niveau de compréhension que l'on peut avoir des deux - sont limités au monde matériel. Son domaine d'activité est le monde gros-matériel dense et sa durée de vie est limitée par la durée de nos existences terrestres. Ce qui se tient au-delà du monde matériel est seulement révélé à l'âme et à l'esprit. Le Travail qui se tient devant nous nous pousse à mûrir en direction des Mondes rayonnants se trouvant au-delà de toute matière et renfermant les merveilles de la Vie éternelle donnée par la Lumière. Ce devoir ne nous concerne pas seulement quand nous serons de l'autre côté, après notre mort terrestre; il commence maintenant sur la Terre, dans le monde matériel dense.

Aussi longtemps que nous ne luttons pas pour réveiller l'esprit, restant soumis à l'intellect et le considérant comme la plus haute autorité, nous ne sommes pas victorieux dans le combat avec nous-mêmes. Le fait de travailler sur soi de façon intellectuelle ne délivre jamais des liens qui enchaînent au monde matériel. L'intellect est en effet limité au monde matériel et nous y retient entravé.

On ne peut pas s'élever au-delà de soi grâce à une approche intellectuelle, mais l'on devient au contraire plus fermement et plus désespérément enchevêtré à l'intérieur de soi. Ainsi, on ne peut pas « devenir nouveau », on ne peut pas « renaître » en tant que nouvel être humain, parce que la « Renaissance de l'Homme » peut seulement prendre son essor à partir de l'esprit, comme le Christ l'expliqua à Nicodème il y a deux mille ans.

Aussi longtemps que notre être, notre « nature intime », notre caractère ne se sont pas renouvelés à partir de l'esprit, ne se sont pas ennoblis à travers la perception intuitive, il ne peut y avoir de victoire dans le combat avec nous-mêmes. Au contraire, chaque pensée intellectuelle ne fait que nous enchaîner à ses conséquences et il n'y a pas de progrès, ailleurs que dans l'imagination.

Cette sorte de travail sur soi reste une lutte de l'intellect borné - l'ego et l'entourage de ses propres créations - sur la base d'une activité purement intellectuelle. De plus, des nœuds nouvellement formés, exerçant leur pression pour être relâchés et rachetés, aggravent la situation. En compagnie des anciens nœuds encore accrochés à nous, ils montrent l'image de notre caractère.

A ceci s'ajoutent les courants que nous avons absorbés trop facilement : ceux produits par notre entourage. Aussi ne peut-il y avoir aucun progrès, parce que nous continuons à nous enchaîner de nouveau à la nécessité de prochaines rédemptions terrestres. En outre, il nous manque la connaissance spirituelle de la grande Justice de chaque événement dans la Création.

Ici, un outil en combat un autre, l'intellect combat l'intellect, le sentiment combat le sentiment, l'opinion combat l'opinion, le tempérament combat le tempérament. Tout ceci a lieu afin d'atteindre le but qui présente un très vif intérêt pour l'intellect, c'est-à-dire pour l'ego enchaîné : celui d'avoir toujours raison ou celui d'obtenir un droit.

Tant que nous essayerons de découvrir nos fautes avec notre intellect, nous ne les trouverons jamais. Il nous manque la reconnaissance de nos faiblesses, parce que l'intellect n'est pas capable de saisir cette Connaissance, que seul l'esprit peut posséder : la Connaissance de la pure et rayonnante Vérité, exempte de toute faute. Seul celui qui a reconnu ce qui est parfait, sans faute et vrai, au moyen de son esprit, atteindra la Clarté pour déterminer où sont ses fautes et celle d'entre elles qui est la plus importante : le mauvais usage de la pensée intellectuelle.

Le Travail sur Soi commence par le réveil de l'esprit et le réveil de l'esprit endormi se manifeste dans la Nostalgie à trouver la Lumière de la pure Vérité. On peut entrer en contact avec les irradiations de la Lumière de la Vérité par des milliers de voies : dans les Merveilles de la Nature, dans la Beauté de l'Art véritable, dans les œuvres accomplies avec un pur Amour, dans la Voix de la Conscience, dans la Loi du Mouvement des Mondes, dans la Puissance de Vie du Créateur, et dans tout ce qui rend témoignage en l'Honneur de Dieu dans la grande Création.

Et une fois que nous aurons fait de la place en nous pour la Nostalgie de la Lumière, nous trouverons tôt ou tard le Monde de l'éternelle Vérité ; la Nostalgie nous y conduit, irrésistible et sans cesse exhortante. Le Monde de la Vérité libère l'esprit des entraves de l'intellect, le détache de la paralysie du sommeil et lui donne le Pouvoir de Vie sacré de travailler sur lui-même.

C'est cela le Travail sur Soi : S'ouvrir à la Lumière de la Vérité, de façon qu'elle puisse entrer à flots en nous et éveiller notre esprit à la Vie. Parce que celui dont l'esprit n'est pas éveillé à la Vie ne fait pas partie des « vivants » mais appartient aux « morts » dans la Création. La vie spirituelle est la vie éternelle - tout le reste est transitoire et doit sombrer dans la désintégration. Travailler sur soi signifie prendre part à la vie éternelle, afin d'échapper à la décomposition.

Voilà la Tâche que le Créateur nous a donnée : Vaincre le soi pour nous consacrer à Son Service, Lui dont la Grâce nous autorise à vivre. Non pas en se retirant de tout ou en se détournant du combat pour l'existence, mais en laissant le travail quotidien devenir un Service de Dieu, de façon à ce que nous obéissions fidèlement à la Volonté du Créateur en chacune de nos actions.

Le combat avec nous-mêmes représente le dégagement de tout ce qui, à l'intérieur ou autour de nous-mêmes, nous empêcherait de servir le Créateur en une joyeuse Gratitude, de nous insérer harmonieusement dans le cadre de Sa Volonté, et d'avancer à grands pas vers la Perfection dans le Rayon lumineux de la Vérité éternelle. Pour atteindre ce but, l'intellect est beaucoup trop borné, trop limité et trop faible. Pour ce travail sur nous-mêmes, il nous faut la puissance de l'ESPRIT.


Lucien Siffrid


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